Ils s’appelaient Peter et Victor

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Cent cinquante personnes ont assisté hier, à l’Ossuaire de Douaumont, au dévoilement des plaques des deux soldats tombés à Verdun. Photo Franck Lallemand

Pour la première fois, hier, le nom d’un soldat allemand a été accueilli aux cotés de ces Poilus qu’abrite l’Ossuaire de Douaumont, en Lorraine.

La réconciliation franco-allemande. Des mots dans un manuel scolaire. Une poignée de main entre Helmut Kohl et François Mitterrand, à Douaumont, le 22 septembre 1984. Et depuis ce dimanche, deux plaques, côte à côte sur le plafond de l’Ossuaire de Douaumont.

Hier, pour la première fois, le nom d’un soldat allemand, mort sur le champ de bataille, à Verdun, pendant la Grande Guerre, a été gravé dans la pierre de ce haut lieu de mémoire, qui rassemble pourtant des milliers d’ossements appartenant aux 300.000 soldats allemands et français. Il aura donc fallu attendre un siècle avant qu’une plaque gravée d’un patronyme germanique y soit acceptée. Et encore… La polémique a tout de même eu lieu. Avec ce courrier, signé de l’ancien maire d’Haudainville, Yves Jadot, qui s’offusque d’une telle initiative. Arguant que « ce geste trahit la mémoire de tous les Poilus qui ont combattu sur les champs de bataille ».

Loin de cette polémique, les 150 personnes présentes hier matin ont ressenti une vive émotion. Allemands, Français, ils étaient tous venus saluer la mémoire de deux soldats tombés dans l’enfer de Verdun à trois jours d’intervalle, en 1916 : Peter Freundl et Victor Manassy. L’arrière-petite-fille de celui-ci et un aïeul de Peter, Christian Freundl, ont dévoilé les deux pierres gravées. Julie Michot est heureuse de cet hommage : « Mon arrière-grand-père n’a jamais été retrouvé. J’ai donc écrit pour que son nom soit gravé à l’Ossuaire avec d’autres combattants. » Le hasard a fait qu’il l’a été en même temps qu’un soldat allemand : « Je trouve ça formidable. » La jeune femme balaie la polémique d’un revers de main : « Qu’on puisse le penser, encore, à la rigueur, mais le dire… Cela revient à mettre en cause l’existence même de l’Ossuaire. »


« Une évidence pour la jeune génération »

« Pour la jeune génération, la réconciliation franco-allemande est évidente. Elle ne peut pas comprendre une quelconque réticence des vieilles générations à faire ce pas », a souligné le président du comité de l’Ossuaire, Bernard Boissé, traduit en allemand par un interprète. Présent à ses côtés, le maire de Hoenlinden, en Allemagne, tout aussi ému : « Peter Freundl était de notre ville. Si la paix perdure depuis tant d’années en Europe, c’est aussi grâce au rapprochement entre ces peuples. »

Le colonel Nicolas Chabut, commandant du 1er régiment de chasseurs, en sait quelque chose : « Ces plaques dévoilées, ici, à l’Ossuaire, au milieu de leurs frères d’armes et des adversaires d’alors, témoignent de cette histoire qui avance et de notre destinée commune qui a vu nos deux pays, avant la construction de l’Europe, s’affronter à de nombreuses reprises. Ce soldat allemand, porté disparu le 25 mai 1916, est né à Hoenliden, lieu où nombre de soldats de mon régiment ont payé le prix du sang en 1800. » Un fait d’armes inscrit sur l’étendard du régiment.

Coïncidence ou pas, au moment de dévoiler les deux plaques, seul le drapeau français s’est dégagé pour lire le nom du Poilu. Il aura fallu une perche pour libérer la plaque au nom de Peter du joug du drapeau allemand.


Emilie FIEROBE

Source : http://www.estrepublicain.fr/actualite/2014/02/10/ils-s-appelaient-peter-et-victor

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