Ils soufflent la météo

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On peut les prendre pour des hurluberlus. Des secoués du bocal. Il faut quand même admettre que la situation prête à sourire. Tous les ans, le 25 janvier, qu’il vente, qu’il pleuve ou qu’il neige, un petit groupe de passionnés se retrouve, à 1 h, sur le parking de l’ossuaire de Douaumont, en Meuse. Dans le noir. Avec quelques lampes de poche pour s’éclairer. Muni d’une boussole électronique, de l’heure, et d’un bâton surplombé de ce qu’il appelle un « filin » -sur lesquels tous les regards sont fixés-, Guy Bressan, coiffé d’un chapeau, semble très concentré. Très peu de vent souffle pourtant, sur le parking. Mais le filin peut changer de direction d’une seconde à l’autre : « C’est ce qu’on appelle la bataille des vents », explique ce passionné. Elle se termine à une heure du matin, pile. En fonction du sens que le filin nous montre, on saura les tendances climatiques de l’année… » Et le Verdunois l’assure : « 70 % du temps, cela se révèle exact. » L’homme est entouré d’une trentaine de personnes. Certains plaisantent : « Je suis venue pour savoir si je devais prendre mes vacances en juillet ou en août. » D’autres sont des fidèles de la première heure. D’autres encore, sont là par curiosité : « C’est la première fois », confie Hubert Leriche, qui s’est déplacé de Montfaucon pour assister au « spectacle ». « Cela fait des années que j’entends parler de la bataille des vents. Je voulais savoir à quoi ça ressemblait. »

« Une année sèche des nuits fraîches »

Et puis, il y a ceux qui ont joint l’utile à l’agréable comme Jean-Paul Doyen, Jean-Marie Toussaint et Fabrice Payer, des « randonneurs du Verdunois » qui sont montés sur les hauteurs de Douaumont à pied, dans le noir, munis de leurs lampes frontales, à travers les champs de bataille…

Il est 1 h. Le verdict tombe. « La bataille est terminée », dit solennellement Guy Bressan. « Le vent vient de l’est. Normalement, l’année devrait être sèche mais avec des nuits fraîches ». L’assistance semble ravie.

Surtout quand Guy Bressan rajoute : « Ce sera une bonne année pour les viticulteurs… »

Une prédiction. Mais le météorologue amateur, qui dit n’avoir bénéficié d’aucune formation dans le domaine le rappelle : « Je ne suis pas dieu. Je constate, c’est tout. »

Il n’est pas le premier à chercher un moyen de connaître le temps qu’il fera bien avant les prédictions de Météo France. Devant l’ossuaire illuminé pour l’occasion, sous un ciel anormalement étoilé, la trentaine de personnes présentes se mettent à tailler la bavette. Finalement, cette « bataille des vents », c’est tout simplement comme dans le temps. « Les paysans, dans les campagnes, faisaient brûler une botte de paille. Et regardaient dans quel sens allait le vent », se souvient Hubert Leriche. « Cela leur donnait une idée du temps qu’il fera, et de la qualité de leurs récoltes… »

Pour Guy Bressan, les dictons sont aussi une bonne façon de voir plus clair dans le temps. Il en cite un : « A la Saint-Vincent, l’hiver se casse les dents ou reprend. » La Saint-Vincent, c’était mercredi dernier. Jour où les températures ont chuté… L’hiver a donc repris.

Si la plupart des gens présents croyaient en ces prédictions, d’autres se montraient plus sceptiques. Comme cet homme, accompagnant un copain pour l’occasion : « Quand je vais raconter cette soirée à ma femme, elle ne va pas me croire. Il y a des gens qui sont bizarres quand même… »

Repère
1940 C’est cette année-là qu’un médecin légiste de Verdun, le Dr Pélas, a institué cette tradition. Le 25 janvier, à 1 h, la bataille des Vents se déroulait alors place des Roches, à Verdun. Mais l’apparition de constructions nouvelles autour de ce lieu ouvert aux vents, a, au fur et à mesure des années, conduit à un changement de cap : direction l’ossuaire de Douaumont, qui culmine à 356 m d’altitude.


Emilie FIEROBE

Source : http://www.estrepublicain.fr/actualite/2014/01/27/ils-soufflent-la-meteo#jimage=6D529706-F8CF-4D40-BCCA-DE0EC62A2BC9

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