La frontière de la Grande Guerre

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La disparition des derniers Poilus français fut un événement national, les derniers anciens combattants allemands sont morts dans l’indifférence. Photo d’archives AFP

Le Comité d’Histoire Régionale constate « un décalage de perception » du centenaire entre la France et l’Allemagne.

«Il y a un différentiel de comportement entre la France et l’Allemagne », constate le professeur émérite François Roth, à propos du centenaire et des commémorations de 14-18. Un « décalage de perception » évoqué hier, au Conseil Régional de Lorraine à Metz, lors d’une Journée d’Études organisée par le Comité d’Histoire Régionale, intitulée « Approche (s) de la Grande Guerre ».

« Vu de France, c’est un événement majeur, qui mobilise beaucoup de monde. La France a entretenu une mémoire de la Grande Guerre, c’est une passion française, on se sent concerné, ça touche beaucoup de Français », dit Laurent Jalabert, maître de conférences en histoire moderne à l’Université de Lorraine.

« Une image héroïsée du sacrifice »

« Il y a un véritable engouement, le goût du passé, de l’histoire, le fait aussi que ce soit une victoire, ou du moins présentée comme telle. Le Poilu est une Image d’Épinal héroïsée du sacrifice et de l’unité, des Français dans la lutte », ajoute l’historien, qui a choisi de regarder de l’autre côté du Rhin. « Dans la mémoire allemande, la catastrophe c’est surtout la Seconde Guerre Mondiale. La Grande Guerre n’est pas leur guerre, elle ne s’est pas déroulée sur leur sol national et leurs morts sont enterrés en terre étrangère », rappelle M. Jalabert, « Du côté allemand, on n’a pas développé cette mémoire du conflit, c’est un fait historique lointain et pas passionnel ».

François Cochet, Membre du Conseil scientifique national de la Mission du Centenaire, constate lui aussi cette désaffection : « C’est pénalisant de travailler sur une défaite, et les chercheurs allemands s’intéressent plus à la Seconde Guerre Mondiale et à la Réunification. Les faits ont tendance à être gommés par la représentation des faits. Le rôle de l’historien est d’expliquer, pas de juger. Mais je me demande si, en France, on ne risque pas un effet de saturation », dit-il.

Ici, la Grande Guerre est actuellement le sujet de 130 publications historiques, elle n’est évoquée que dans une quarantaine d’ouvrages en Allemagne. La disparition des derniers Poilus français fut un événement national ; les derniers anciens combattants allemands sont morts dans l’indifférence. Outre-Rhin, on ne s’explique pas le choix du 11 novembre par la France, alors qu’en Allemagne, c’est le lancement du carnaval.

« La mémoire n’est pas l’histoire »

À Piennes, le cimetière militaire allemand, où reposent 1.168 soldats, est entretenu par la municipalité française. 10.000 personnes ont confié des documents, afin qu’ils soient numérisés, lors de la Grande Collecte lancée récemment en France.

« En Allemagne, ça n’existe pas », assure Laurent Jalabert. « Verdun, pour la France c’est l’épreuve absolue, mais du côté allemand ce n’est qu’une bataille. Il y a là-bas un rappel régulier du souvenir historique, on n’occulte pas les choses, mais on n’y verse pas dans quatre ans de commémorations ».

« Il faut commémorer, rappeler, mais ne pas sacraliser l’événement », estime l’historien.

« Il faut maintenir historiquement les choses mais avoir un discours dépassionné. La mémoire n’est pas l’histoire, il faudra rappeler la réalité historique. Il ne faut pas se focaliser uniquement sur les combats, les morts, et les sacrifices, mais donner plus à comprendre qu’à pleurer ».

À lire : « Une histoire mondiale de la propagande » (Éditions de La Martinière/40€). « La Grande Guerre des Cartes Postales » (Hugo image/19,95€). « La pub est déclarée », par Didier Daeninckx (Éditions Hoëbeke/19,50€).


Patrick TARDIT

Source : http://www.estrepublicain.fr/actualite/2013/11/24/la-frontiere-de-la-grande-guerre

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